La carrière d'écrivain de Jin Yong : Du premier roman à la retraite finale

Dix-sept ans qui ont transformé la littérature chinoise

Entre 1955 et 1972, Jin Yong (金庸 Jīn Yōng) — de son vrai nom Louis Cha (查良镛 Zhā Liángyōng) — a écrit quatorze romans qui ont transformé un genre, créé un vocabulaire culturel partagé par des centaines de millions de personnes et élevé la fiction martiale de simple divertissement populaire à une véritable littérature. Puis il s’est arrêté. Radicalement.

Comprendre sa carrière d’écrivain n’est pas qu’une simple anecdote biographique — cela révèle comment chaque roman s’est appuyé sur le précédent, de quelle manière les événements historiques ont façonné sa fiction, et pourquoi son ultime œuvre constituait une destruction délibérée de tout ce qu’il avait mis dix-sept ans à construire. Pour en savoir plus, voir Une chronologie du Monde des Arts Martiaux de Jin Yong : de la dynastie Song à la dynastie Qing.

Les débuts : 1955-1959

Le premier roman de Jin Yong, 书剑恩仇录 (Shūjiàn Ēnchóu Lù) — Le Livre et l'Épée — a été publié en feuilleton dans le journal hongkongais New Evening Post en 1955. C’était des débuts prometteurs : une histoire sur la résistance anti-Qing de la société de la Fleur Rouge, fondée sur la théorie du complot selon laquelle l’empereur Qianlong serait secrètement Han.

Le roman eut du succès, mais resta modeste. Jin Yong n’avait pas encore trouvé sa voix singulière. Les personnages étaient des archétypes plus que des individus, et les descriptions martiales manquaient de la profondeur philosophique qu’il développerait ensuite.

碧血剑 (Bìxuè Jiàn) suivit en 1956 — une œuvre plus aboutie située pendant la chute de la dynastie Ming, mais Jin Yong était encore en quête de son style.

La véritable percée eut lieu en 1957 avec 射雕英雄传 (Shèdiāo Yīngxióng Zhuàn) — La Légende des héros du Condor. Tout s’y mit en place. Les Cinq Grands (五绝 Wǔjué), les Dix-huit paumes pour soumettre le dragon (降龙十八掌 Xiánglóng Shíbā Zhǎng), Guo Jing (郭靖 Guō Jìng) et Huang Rong (黄蓉 Huáng Róng) — les éléments qui allaient définir l’univers entier de Jin Yong apparaissent pour la première fois ici. Hong Kong en devint fou. Le tirage des journaux explosa les jours de publication en feuilleton. Jin Yong était arrivé.

La période intermédiaire : 1959-1966

Fort du succès de La Légende des héros du Condor, Jin Yong cofonda le journal Ming Pao (明报 Míngbào) en 1959, où il publiait ses romans en feuilleton aux côtés d’articles de journalisme sérieux. Cette double carrière d’écrivain et de rédacteur influença chacun de ses rôles pendant la décennie suivante.

神雕侠侣 (Shén Diāo Xiálǚ, 1959-1961) poursuivit la saga du Condor avec un ton plus sombre et romantique. L’amour interdit entre Yang Guo (杨过 Yáng Guò) et Xiao Longnü (小龙女 Xiǎo Lóngnǚ) poussa la fiction wuxia (武侠 wǔxiá) vers des territoires émotionnellement complexes. Leur séparation de seize ans devint l’intrigue romantique la plus citée dans la culture populaire chinoise.

倚天屠龙记 (Yǐtiān Túlóng Jì, 1961-1963) acheva la trilogie du Condor avec l’épisode le plus dense en intrigues. Zhang Wuji (张无忌 Zhāng Wújì), la secte du Ming (明教 Míngjiào), et l’invention du Tai Chi (太极拳 Tàijí Quán) par Zhang Sanfeng (张三丰 Zhāng Sānfēng) élargirent l’univers tout en explorant de nouveaux thèmes comme la résistance politique et l’ambiguïté morale.

Puis vint 天龙八部 (Tiānlóng Bābù, 1963-1966) — le chef-d’œuvre. Trois protagonistes, des moines bouddhistes, p…

À propos de l'auteur

Expert en Jin Yong \u2014 Critique littéraire dédié aux œuvres de Jin Yong.

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