Les Repas les Plus Importants de la Fiction d'Arts Martiaux
Jin Yong (金庸 Jīn Yōng) était un écrivain culinaire déguisé en romancier d'arts martiaux. Ce n'est qu'à moitié une blague. Ses descriptions de repas — leur préparation, présentation, et les rituels sociaux qui les entourent — sont aussi méticuleusement élaborées que ses scènes de combat, et elles servent exactement le même but : révéler qui sont véritablement les personnages.
Dans la culture chinoise, la nourriture n'est jamais qu'un simple sustentoire. C'est communication, affichage de statut, expression émotionnelle, et négociation de pouvoir. Jin Yong comprenait cela instinctivement, et il a tissé des scènes culinaires à travers ses romans avec une précision que des critiques culinaires ont en fait analysée dans des publications académiques.
Huang Rong : La Chef Qui A Changé l'Intrigue
La scène de cuisine la plus importante de toute la fiction wuxia (武侠 wǔxiá) se produit dans 射雕英雄传 (Shèdiāo Yīngxióng Zhuàn) — La Légende des Héros du Condor — lorsque Huang Rong (黄蓉 Huáng Róng) prépare une série de plats gastronomiques pour séduire Hong Qigong (洪七公 Hóng Qīgōng), le chef de la Secte des Mendiants (丐帮 Gàibāng), afin qu'il enseigne à Guo Jing (郭靖 Guō Jìng) les Dix-Huit Paumes de Soumission du Dragon (降龙十八掌 Xiánglóng Shíbā Zhǎng).
Soyons clairs sur ce qui se passe ici : Huang Rong corrompt le mendiant le plus puissant de Chine avec de la nourriture. Et ça fonctionne. Hong Qigong, un homme qui a vaincu certains des plus grands combattants vivants, devient un chiot bavant grâce à sa cuisine. Pour chaque plat qu'elle sert, il enseigne à Guo Jing une technique de paume. C'est une transaction menée entièrement par la cuisine, et c'est l'un des dispositifs narratifs les plus astucieux de tout le roman.
Les plats en eux-mêmes sont extraordinaires. Sa soupe « La Chance Vient par Paires » (好逑汤 Hǎoqiú Tāng) nécessite de passer des fleurs de cerisier à travers la colonne vertébrale d'un poisson mandarin — une technique si délicate qu'elle révèle la dextérité martiale des doigts de Huang Rong autant que ses compétences culinaires. Le « Vingt-Quatre Ponts par une Nuit de Lune » (二十四桥明月夜 Èrshísì Qiáo Míngyuè Yè) est du tofu formé en petites boules et cuit à la vapeur dans un jambon — un plat nommé d'après un poème classique, car Huang Rong ne peut résister à montrer son éducation littéraire même en cuisinant.
Jin Yong fait au moins trois choses simultanément dans ces scènes : établir l'intelligence de Huang Rong (elle peut manipuler même un grand maître d'arts martiaux), montrer sa créativité (les plats sont de véritables innovations), et révéler son amour pour Guo Jing (elle va jusqu'à ces absurdités pour qu'il puisse apprendre à se protéger).
Hong Qigong : Le Mendiant Gourmet
Hong Qigong est la création la plus attachante de Jin Yong en partie à cause de son obsession pour la nourriture. Voici le chef de la Secte des Mendiants — une organisation littéralement composée de milliers de mendiants — et c'est un gourmet avec le palais d'un critique Michelin. La contradiction est la blague, mais c'est aussi une affirmation de caractère : Hong Qigong apprécie les belles choses de la vie sans être corrompu par elles. Il est mendiant par choix, pas par circonstance. Il pourrait manger à n'importe quelle table en Chine ; il choisit de manger avec la rue.
Sa célèbre faiblesse pour la bonne nourriture…